Anaïs Allard

Douleurs et comportement

Réflexion, informations scientifiques et sensibilisation à la relation entre la douleur et les comportements.

GIARDIOSE ET COMPORTEMENT CHEZ LE CHIEN

Article – Santé & comportement Et si, la giardiose influençait le comportement de votre chien.ne ? Ecrit par Anaïs Allard – le 13 octobre 2025 La giardiose chez le chien.ne qu’est-ce que c’est ? Avant de lier giardiose et comportement chez le chien il convient de définir ce qu’est la giardiose. Elle est aussi appelée giardia duodenalis, c’est un protozoaire microscopique qui colonise l’intestin grêle. La giardiose se transmet par :   Eau contaminée (étangs, flaques, gamelles souillées). Contact avec des surfaces ou des selles infectées. Auto-réinfection par léchage. La giardiose est présente chez 40 à 60% des chiots et jusqu’à 63% des chien.nes adultes, souvent sans symptômes apparents. Pour nuancer…. Chez les adultes, la prévalence varie selon les études : 63 % en Espagne (Ortuno 2014), 59 % en Hongrie (Szenasi 2007), 41 % en Italie (Agresti 2022). Toutefois, les taux d’infection peuvent être influencés par le mode de vie (chiens de refuge vs chiens domestiques) et les méthodes de détection utilisées (Uehlinger 2017, Bouzid 2015). Mais ce parasite impacte bien plus que le tube digestif, il perturbe l’axe intestin-cerveau, influençant la douleur et le comportement, c’est là ou giardiose et comportement chez le chien se rencontrent. Giardiose : les impacts physiologiques   La fixation sur la muqueuse intestinale provoque une réaction inflammatoire et altère les fonctions digestives. L’augmentation de la perméabilité intestinale laisse passer les toxines et fragments bactériens dans le sang et active le système immunitaire.  Le déséquilibre du microbiote provoque une perte de bactéries bénéfiques comme Lactobacillus johnsonii et une augmentation des bactéries pro-inflammatoire. Certains chien.nes restent porteurs asymptomatiques mais subissent des effets comportementaux  Même sans symptômes digestifs, une infection chronique peut avoir des effets neurologiques et comportementaux au travers de l’altération de la muqueuse intestinale.  L’axe intestin-cerveau : un réseau de communication bidirectionnel. Pour comprendre le lien entre giardiose et comportement chez le chien, il convient de définir tout d’abord le lien ente l’intestin et le cerveau qui communiquent en permanence à travers ce que l’on appelle l’axe intestin-cerveau. Ce système bidirectionnel relie le microbiote intestinal, le système nerveux et les neurotransmetteurs. Un microbiote équilibré influence directement la production de sérotonine et de dopamine,deux neurotransmetteurs essentiels à la régulation de l’humeur et de la douleur Lorsque la Giardiose perturbe cet équilibre : la sérotonine diminue, entraînant anxiété et hypervigilance, la dopamine chute, réduisant motivation et résilience émotionnelle L’inflammation et la perméabilité intestinale permettent aussi le passage de molécules pro-inflammatoires dans le sang, ce qui favorise le stress chronique et altère la barrière hémato-encéphalique, rendant le cerveau plus sensible aux toxinesEn résumé : un intestin perturbé, c’est souvent un cerveau perturbé et donc un comportement modifié. Douleur, inflammation et comportement La douleur chronique est un facteur majeur de modification comportementale. Chez le chien infecté par la giardiose, l’inflammation intestinale prolongée stimule le système nerveux entérique, provoquant des douleurs viscérales persistantes. Les cytokines pro-inflammatoires, libérées en réponse à l’infection, sensibilisent les récepteurs de la douleur. En conséquence, la giardiose impact les comportement chez le chien qui devient plus réactif, plus irritable, voire anxieux. En ce qui concerne la modification des neurotransmetteurs par la giardiose : La sérotonine : inhibe la douleur et régule le stress. Son déficit amplifie l’anxiété et la sensibilité à la douleur.La dopamine : soutient la motivation et la tolérance à la douleur. En cas de carence, l’irritabilité et la fatigue augmentent. Ainsi, un chien douloureux peut sembler nerveux, hypervigilant,ou présenter des réactions émotionnelles disproportionnées. Stress et perméabilité intestinale : un cercle vicieux Le stress chronique a un effet direct sur la santé intestinale. Il fragilise la muqueuse digestive et augmente la perméabilité intestinale — un phénomène souvent désigné sous le terme de leaky gut. Lorsque la chienne est infectée par Giardia, cette fragilité est amplifiée : La barrière intestinale devient encore plus poreuse, Des toxines et fragments bactériens passent dans la circulation sanguine. Le système immunitaire s’active, déclenchant une inflammation généralisée. En conséquence :   Le système immunitaire s’active, déclenchant une inflammation généralisé. Des toxines et fragments bactériens passent dans la circulation sanguine. Cette inflammation systémique perturbe la neurotransmission et accentue les réponses de stress. Le lien entre giardiose et comportement chez le chien ou la chienne se matérialise.  En résumé…   Plus de stress=Plus d’inflammation =Plus de troubles comportementaux. Un impact plus important chez les chiots. Les chiots représentent la population la plus vulnérable face à la Giardiose. Les études montrent qu’environ 60 % des chiots âgés de 9 à 11 semaines sont porteurs du parasite. Pourquoi cette période est-elle critique ? Car le microbiote intestinal se forme principalement durant les premiers mois de vie. Une perturbation précoce par la giardiose peut compromettre la diversité microbienne et affecter durablement la santé intestinale. Les carences nutritionnelles qui en résultent peuvent influencer le développement cognitif et les capacités d’adaptation émotionnelle. Enfin, le stress précoce accentue la sensibilité du système nerveux central et rend l’animal plus vulnérable à l’anxiété à l’âge adulte. Ainsi, un chiot infecté tôt peut développer des fragilités émotionnelles et comportementale. MAIS ALORS, COMMENT Détecter la giardiose ? La giardiose est difficile à détecter.   Le parasite n’est pas excrété en continu Les kystes du parasite responsable de la giardiose ne sont pas éliminés de façon continue dans les selles. Leur quantité varie d’un jour à l’autre en fonction de la charge parasitaire, de la motilité intestinale et même du niveau de stress du chien. Conséquence directe : un seul prélèvement peut revenir négatif alors que le chien est bien infecté. C’est ce qu’on appelle un faux négatif. Toutes les méthodes d’analyse ne se valent pas Plusieurs techniques de diagnostic existent, mais elles n’ont pas la même sensibilité. La microscopie après flottation au sulfate de zinc (ZSCT) peut être efficace, mais sa fiabilité dépend beaucoup de l’expertise du laboratoire. Les tests immunologiques (ELISA, test rapide SNAP d’Idexx, immunofluorescence ou IFA) sont plus sensibles, mais leurs résultats ne concordent pas toujours entre eux. Quant à la PCR, méthode plus avancée, elle pourrait paradoxalement sous-estimer certaines infections par rapport à l’IFA. L’état de l’intestin brouille les pistes Une dysbiose intestinale (déséquilibre du microbiote) ou une autre infection digestive peut modifier l’excrétion des kystes et compliquer leur détection. Certains chiens sont par ailleurs

GIARDIOSE ET COMPORTEMENT CHEZ LE CHIEN Lire la suite »

L’importance DU SOMMEIL DU CHIEN EN DOULEURS CHRONIQUES

Article – Besoins fondamentaux Pourquoi le sommeil est important chez le chien en douleurs chroniques ! Ecrit par Anaïs Allard – le 26 décembre 2024 Le sommeil chez le chien (douloureux ou non) Le sommeil est une des activités quotidiennes de nos chiens domestiques. Il entre dans la catégorie “repos/inactivité” et compose environ 54% du budget-temps de nos chiens et nos chiennes. Ce budget temps se calcule sur 24h soit un tour de l’horloge circadienne régissant les leurs activités. Votre chien ou votre chienne devrait donc se reposer environs 13h par jour. Ou en tous cas ne rien faire, on ne se limite pas qu’au sommeil dans ce décompte mais bien à toutes les périodes de repos et donc d’inactivité. Un peu de nuance car malgré tout « ça dépend » Certains paramètres vont cependant faire varier ce temps de repos vers le plus ou le moins : L’âge : un chiot et un chien âgé dorment davantage. La température, le climat et donc la saison. Sa condition physique, la santé et les douleurs. L’emplacement et le confort de son couchage. Le sentiment de sécurité. Les stimulations de l’environnement. L’activité physique et/ou l’ennuie. Mais pour tous, le sommeil sera polyphasique. La nuit entre 6h et 10h et en journée par siestes régulières entre les périodes actives. Pourquoi évaluer la qualité de sommeil chez nos chien douloureux ou non ? Lors d’un bilan comportemental, on évalue systématiquement le sommeil chez vos chiens et de vos chiennes : sa quantité, sa qualité et sa régularité. En effet, sa privation ou sa dégradation en qualité est un des facteurs qui impacte négativement : La résilience La fixation des apprentissages Les fonctions cognitives Le niveau d’éveil du corps, « l’excitation ». Le nettoyage du métabolisme … Le questionnaire SNORE Un outil d’évaluation est à disposition de tous pour évaluer le sommeil chez le chien, c’est le questionnaire validé scientifiquement : le SNORE. Celui-ci permet d’établir un score concernant les troubles du sommeil, notamment lors de douleurs chroniques. Consulter et télécharger le questionnaire en anglais Voir l’étude de développement et de validation SOMMEIL ET DOULEURS CHRONIQUES, UNE RELATION RECIPROQUE La relation entre les troubles du sommeil et la douleur est mal connue en médecine vétérinaire. De nouvelles études chez l’homme et les animaux de laboratoire montrent qu’une relation réciproque existe bel et bien. Plus précisément, la littérature suggère que l’effet temporel de la privation de sommeil sur la douleur pourrait être plus fort que celui de la douleur sur le sommeil (Camps et al., 2019). La mélatonine La douleur est associée à un sommeil perturbé en raison de son action sur la mélatonine. Cette hormone neuro-active agit sur la capacité d’endormissement et sur la capacité à rester endormi en stabilisant le sommeil. C’est également un analgésique. Sa diminution à cause de la douleur et de la perturbation du sommeil associé enclenche donc un cercle vicieux : l’expérience de la douleur devient plus intense. La mélatonine permet également les échanges entres les différentes aires du cerveau impliquées dans les comportements agressifs : le PFC et l’amygdale (circuit perception/action) créant une instabilité dans le fonctionnement global (Camps et al., 2019). Elle influence le processus émotionnel, la prise de décision et l’apparition de comportements dits “indésirables” mais surtout non appropriés et non proportionnels.  En résumé…   Manque de sommeil et stress La réponse physiologique à un manque de sommeil est l’augmentation de l’activité du système sympathique (HPA axis) : augmentation du rythme cardiaque, de la pression sanguine, de l’activité respiratoire et du niveau d’activité cognitif afin de pouvoir faire face aux tâches demandées. Un haut niveau d’énergie va donc compenser le manque de sommeil. La douleur mène à un sommeil perturbé qui mène donc à un haut niveau d’énergie/d’éveil diminuant la facilité d’endormissement. D’autre part, le stress et l’anxiété provoquent des changements de composition dans le microbiome intestinal induisant des troubles dans la qualité du sommeil menant, comme vu précédemment, à une résilience et une capacité à faire face à son environnement plus pauvre. Le principe de cercle vicieux est très présent dans ces processus. SOMMEIL, DOULEURS CHRONIQUES ET MEMOIRE La consolidation des acquis se fait durant le sommeil profond.  Le sommeil aura également un impact direct sur la douleur car cela permet de consolider les souvenirs liés a la douleur créés entre deux temps de repos : les causes, les signes annonciateurs, les conséquences et les enseignements à en tirer pour l’éviter ou l’enrayer. Un manque de sommeil reculera cette consolidation et entraînera une plus grande quantité de souvenirs accumulés à utiliser pour consolider un apprentissage.  On aura donc une plus grande variabilité dans les expériences et, potentiellement, un plus grand risque d’associations négatives. On en revient à la règle d’or du « peu mais bien » de tous types d’apprentissages.  Sans un sommeil de qualité, il n’est pas possible de mettre en oeuvre ce principe malgré la mise en place d’un plan d’entraînement ou de désensibilisation/habituation mesuré et qualitatif.  On retrouve également ce paramètre dans les associations : anxiété/douleur ou catastrophisme/douleur.  En résumé…   SOMMEIL ET Nettoyage du corps Enfin, le nettoyage du métabolisme, qui s’effectue lors du sommeil, est également essentiel au bon fonctionnement des neurotransmetteurs monoamines tels que la sérotonine. Il influence également la consolidation du système immunitaire et la cognition. Autant de facteurs en jeu dans la douleur. Le second facteur le plus répandu de douleur recensé dans l’étude de Mills & al. (2020) sont les troubles digestifs. Or, on sait maintenant qu’une altération du microbiote influence également la qualité du système immunitaire… En conclusion Le manque de sommeil chez le chien est un cercle vicieux,d’autant plus chez le chien douloureux.

L’importance DU SOMMEIL DU CHIEN EN DOULEURS CHRONIQUES Lire la suite »

Retour en haut